Accueil

Auteurs

Kropotkine

Kropotkine et la Grande guerre

Recherche




Articles contenant les mots ou expressions :


et


Année de publication
(pour les articles)


entre

et


Voyager dans les rubriques

Idées






Auteurs






Histoire




Philosophie, économie, religions




Dans le monde




Débats






Brèves



English, Português, Castellano, Italiano, Farsi






Kropotkine et la Grande Guerre. Les anarchistes, la CGT et la social-démocratie face à la guerre (AVANT-PROPOS. CHAPITRE Ier) : Les prémices

René Berthier

Article mis en ligne le 4 novembre 2017
dernière modification le 23 août 2018

par Eric Vilain

Le présent ouvrage a été publié par les Éditions du Monde libertaire
et peut être obtenu à la
Librairie du Monde libertaire,
145, rue Amelot,
75011 Paris,
Métro République






Il peut également être acheté en ligne en cliquant sur le lien suivant :

Ihttps ://www.librairie-publico.com/spip.php ?article1728





Kropotkine, l’un des principaux théoriciens du mouvement libertaire, adopta en 1916 une position de soutien à l’Union sacrée et signa un manifeste auquel se joignirent quatorze autres militants anarchistes et, ajouterons-nous, seulement quatorze. Ce ralliement de Kropotkine suscita un réel émoi dans le mouvement libertaire, par tradition anti-militariste et opposé aux guerres. On s’est souvent interrogé sur les raisons du choix du vieux révolutionnaire. On a rarement essayé de comprendre pourquoi il a attendu 1916 pour faire ce choix.

Selon Kropotkine, il existe un conflit irréductible entre deux visions du socialisme : la française et l’allemande. Il en résulte que la victoire militaire d’un des Etats sur l’autre aboutira à l’hégémonie de sa version du socialisme sur l’autre. En cela, Kropotkine se fait l’écho de débats déjà anciens : lors de la guerre précédente, Bakounine lui-même avait pris parti pour la France parce qu’il considérait que la victoire prussienne aurait été une catastrophe pour la civilisation européenne. Marx, de son côté, écrivit à Engels le 20 juillet 1870 une lettre dans laquelle il se réjouit que la victoire allemande transférerait le centre de gravité du socialisme vers l’Allemagne, ce qui assurerait « la prépondérance, sur la scène mondiale, du prolétariat allemand sur le prolétariat français ».

Après la défaite de la France en 1870, dit Kropotkine, « les Allemands s’efforcèrent de modifier la méthode et le but du mouvement socialiste tout entier ». Il ajoute que la scission entre les deux courants du mouvement ouvrier « devint apparente aussitôt après la guerre franco-allemande ». Le conflit entre les marxistes et les bakouniniens ne fut donc pas une affaire personnelle mais « un conflit entre l’esprit latin et l’esprit allemand, qui, après avoir battu la France sur le champ de bataille, prétendait à la suprématie dans le domaine de la science, de la politique, de la philosophie et aussi du socialisme et représentait sa conception du socialisme comme « scientifique », tandis qu’il qualifiait toutes les autres conceptions d’“utopiques” ».

De fait, les rapports entre les mouvements socialistes français et allemand après la guerre franco-prussienne furent littéralement des rapports de subordination du premier au second, empreints d’une sorte de fascination morbide.



Fichiers téléchargeables


Document